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I.D.I.S. - Istituto per la Dottrina e l'Informazione Sociale
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Voci per un Dizionario del Pensiero Forte |
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de Claudia Navarini Azzola
1. Le problème et le terme La bioéthique, discipline qui était encore voici quelques années une matière connue surtout entre spécialistes, est décidément entrée dans le débat public, finissant même par devenir un des conteneurs qui embrassent le plus grand nombre de "questions civiles" ainsi que les appelle Aurelius Augustin (354430) dans le De Rhetorica , cest-à-dire de questions dont "[ ] on a honte de ne pas être au courant". Les nouvelles technologies confèrent en effet des possibilités dintervention de lhomme sur lhomme et sur lenvironnement jamais vues jusqualors et celles-ci, par le pouvoir quelles renferment, requièrent une réglementation et une surveillance, tant en phase de recherche que dutilisation. Cest justement à partir dune réflexion sur les dangers dautodestruction de lhomme par le délire domnipotence biotechnologique quun cancérologue de luniversité du Wisconsin, Van Rensselaer Potter, inventa, en 1970, le terme de "bioéthique" dans le cadre dune oeuvre parue aux Etats-Unis sous le titre Bioethics: A Bridge To the Future, Bioéthique: Un Pont vers le Futur. A partir de là, les centres de recherche en bioéthique se sont multipliés un peu partout dans le monde, prenant des positions diverses, mais prévoyant, presque partout à coté des risques des espoirs pour un avenir meilleur justement grâce aux nouvelles technologies biomédicales.
2. La controverse sur la "qualité de la vie" Un point important du débat, en réalité jamais achevé, concerne immédiatement le concept de "qualité de la vie", focalisant ces problèmes auxquels la médecine la plus avancée pouvait apporter une solution afin de garantir des standards de bien-être supérieurs au plus grand nombre possible de personnes. Sur ce concept se produisent les premières fractures entre les différentes écoles éthiques, en particulier entre ceux qui soutiennent la vie seulement si elle est "digne" cest-à-dire répondant à des critères avec un minimum dacceptabilité physiques et psychiques selon une évaluation subjective ou encore celle de la majorité , et ceux qui affirment la sacralité, linviolabilité et lindisponibilité de la vie humaine innocente indépendamment des circonstances de faiblesse, de maladie, de handicap. Plus en profondeur, il se fait jour, très vite, une nette division dans le monde de lèthique ou mieux, des éthiques, entre deux écoles de pensée traditionnellement opposées: celle des subjectivistes/relativistes, cest-à-dire de ceux qui revendiquent comme critère suprême dévaluation morale lautonomie du sujet, éventuellement contrebalancée par les besoins de la collectivité utilitarisme, contractualisme, anarchisme et comportementalisme ; et celle de ceux qui réaffirment lexistence de lois universelles et immuables de la nature humaine, quil faut mettre en évidence et suivre afin de promouvoir le bien de lhomme, celui de chacun et celui de tous, le Bien commun. Naturellement, dans ce dernier cas, une nouvelle différence devra être faite selon la manière dentendre cette nature: se réduit-elle simplement aux données physiques et psychiques socio-biologisme, matérialisme et psychologisme ou comprend-elle des aspects métaphysiques? Dans ce dernier cas, le concept fondamental de référence est celui de personne, unité singulière et irrépétible de corps et desprit, dotée dune nature intelligente et libre.
3. Bioéthique et bioéthiques Il est évident que de telles lignes de réflexion éthique reflètent autant de visions de lhomme et que de chacune dentre elles naissent autant de perspectives bioéthiques, à savoir selon les termes de la définition proposée par S.Exc. Mgr Elio Sgreccia, vice-président de lAcadémie Pontificale pour la vie et Professeur titulaire de la Chaire de bioéthique de lUniversité Catholique du Sacré-Cur de Rome de tentatives "de réflexion systématique sur lensemble des interventions de lhomme sur les êtres vivants, une réflexion qui se propose comme un objectif spécifique et difficile: celui didentifier les valeurs et les normes qui guident les manières dagir de lhomme, lintervention de la science et de la technologie sur la vie elle-même et sur la biosphère". Pour quune perspective bioéthique puisse être considérée comme adaptée à la vérité de lhomme, la mise en évidence de telles valeurs et de telles normes de comportement doit survenir sur la base dun critère solide et universel, tel que la réflexion rationnelle faite avec droiture. Lintelligence en effet constitue un canal fiable de connaissance de la réalité ainsi quelle constitue naturellement, à condition de ne pas en faire un usage subjectif, cest-à-dire de croire que le monde ne soit pas quelque chose qui doit être découvert et respecté en tant que tel mais quelque chose qui doit être inventé ré-inventé , après lavoir fragmenté et reconstruit mentalement comme dans le cadre dun exercice de mathématiques. Les principales indications relatives aux lignes de comportement correctes au plan éthique à propos des valeurs et des normes de référence dans le domaine bioéthique peuvent être déduites par lexamen rationnel de la réalité de lhomme et de son contexte. La défense de la vie humaine, lassistance au malade et au mourant, la dignité de la personne à partir de sa conception, la tendance à lunion conjugale et à la procréation, la responsabilité et la maîtrise de lhomme dans le domaine du créé sont en effet des thèmes accessibles à la réflexion humaine. A ce propos, lEglise catholique se montre depuis toujours particulièrement attentive et sensible à de telles données " naturelles ", en les préservant et en les étudiant au travers dune longue production magistérielle qui a fourni et fournit des références éthiques, des arguments rationnels et jusquà un lexique pour la discipline bioéthique, à lintérieur dune doctrine étendue et cohérente. En outre, elle sengage sur le plan pratique, ainsi que le démontre la tradition thérapeutique chrétienne qui a été à lorigine de la création dinstitutions telles que les hôpitaux, les cliniques et les maisons de retraite. Au plan naturel donc, lenseignement catholique soutient et illumine la bioéthique. A ce niveau, lEglise catholique en ajoute un autre, de nature théologique, qui découle du plan surnaturel de la Révélation et qui consiste à interpréter le sens de la souffrance et de la mort à la lumière du mystère du Christ. Ce qui ne rend pas vain mais intègre et rend plus évident ce que la lumière de la raison indique dores et déjà. Cest pourquoi il semble vain et stérile dopposer à la bioéthique catholique une bioéthique "laïque", comme cela a été tenté dans le Manifesto di bioetica laica, le Manifeste de bioéthique laïque, de 1996. Cette tentative est viciée parce quune telle prétention à fournir une "alternative" est fréquemment de nature parasitaire par rapport à la perspective issue du milieu catholique. Elle se définit en effet dans la plupart des cas par opposition à la bioéthique traditionnelle elle dit de préférence "ce qui nest pas" . De plus, elle est stérile en ce quelle risque de détruire non seulement une vision particulière du monde mais la bioéthique en tant que telle, en lui retirant toute possibilité dêtre fondée de manière rationnelle pour la reléguer dans une indétermination relativiste. Sur le front "laïc" en effet, il parait impossible de trouver une homogénéité de points de vue du fait de lexistence du préjugé selon lequel croire que lintelligence humaine ait la capacité naturelle à connaître lhomme et la réalité en général relèverait du dogmatisme.
4. Les thèmes de la bioéthique Le fondement de la bioéthique est donc lanthropologie létude de la personne humaine et de sa nature spécifique , point de départ indispensable à toute réflexion ultérieure mais aussi rappel de ces questions que, depuis toujours, lhomme se pose sur le sens de la vie, à travers lusage de la raison, en particulier sagissant des extrêmes de la vie terrestre la naissance et la mort et sur le problème de la souffrance. Dans le premier cas, rentrent en tant que thèmes principaux, dune part, le statut de lembryon, le clonage humain, les expérimentations génétiques sur lhomme et la fécondation artificielle ; de lautre la contraception, la stérilisation et lavortement, leuthanasie, les exportations dorganes et le suicide. Il est significatif dobserver comment des problèmes apparemment opposés, tels que le désir de procréer fécondation artificielle et le désir de ne pas procréer ou déliminer le fruit de la conception contraception et avortement , répondent en effet à des logiques similaires, ce qui fait que là où nest pas respecté le critère de lindisponibilité de la vie un être humain nest pas quelque chose que "je fais", que "je choisis", que "je possède" mais que jaccueille et dont je prends soin on passe facilement, voire avec désinvolture de lun à lautre. Ainsi, par exemple, justement en conséquence de lintroduction des techniques de fécondation artificielle, se pose le problème de quoi faire des embryons produits en surnombre en vue de permettre aux requérants de plus amples possibilités de succès de lopération. En effet, la fécondation in vitro présente un pourcentage significatif déchecs tant au stade de la conception quen matière de maladies génétiques et dégénératives de lembryon. En outre, le taux davortements spontanés après implantation est très élevé. Le destin des embryons "inutilisés" ou "superflus" est, dès lors, aisément compréhensible : sils ne sont pas implantés, ils sont destinés à être congelés durant un temps indéterminé dans lattente de futurs implantations ou "dusage" dans le cadre de lexpérimentation ou en vue de la formation dune réserve dorganes et de tissus transplantables, ce qui équivaut à leur élimination. Sils ont été implantés, ils subissent ce quil est convenu dappeler la "réduction embryonnaire" cest-à-dire lavortement eugénique, sélection tendant à conserver seulement les "fils" les meilleurs. Une telle mentalité techniciste et matérialiste contribue à créer un déséquilibre dans le domaine de la sexualité et donc également de la famille qui se reflète également sur léducation et les relations interpersonnelles. Laugmentation des cas de pédophilie dun coté et de violence des mineurs de lautre en constitue la preuve: si le fils, et lenfant en général, est au fonds un objet qui peut sacquérir et se manipuler à plaisir, il pourra devenir également des objets de désir et dabus sexuels. De la même manière, un enfant ou un garçon qui grandit dans un contexte social aberrant dans les domaines de la sexualité, de la naissance, de la vie, aura difficilement une juste vision de la mort et pourra donc en arriver à jouer avec la vie même dautres personnes "par jeu", comme dans le cadre dun jeu vidéo ou comme sil avait à faire à des "choses" semblables à cette "chose" quil est lui, le fils Du second cadre de référence font partie toutes les recherches visant la thérapie, telle que lexpérimentation de médicaments, discussion portant sur des cas cliniques, transplantation dorganes, diagnostiques pré-natals quand ils nont pas comme but lavortement , les soins et le contrôle des troubles psychiatriques et des névroses, du handicap physique et mental, des toxicomanies quelquen soit lorigine (médicaments, drogues, alcool) , des maladies sexuellement transmissibles, des troubles de la sexualité: maladies, déviations et perversions sexuelles. En font également partie toutes les études et autres activités qui, partant dun désir déliminer autant que possible la souffrance, visent à assurer plus de bien-être psychophysique au travers de la pharmacopée et de la psychopharmacologie cosmétique cest-à-dire celle qui na pas un usage directement thérapeutique, la chirurgie esthétique, la manipulation génétique des animaux et des plantes, la médecine sportive et celle du travail, le rapport entre médecin et patient et la déontologie médicale, la régulation de la fertilité. Rentrent également dans cette catégorie les études et autres activités destinées à améliorer les conditions générales de lhumanité à partir des situations de déséquilibres socio-économiques présents de par le monde démographie, biotechnologies appliquées à lindustrie et à lagriculture. Enfin, le traitement palliatif de la souffrance comme dans certains cas de handicap lourd et daccompagnement des mourants, ceux que lon appelle les "malades en phase terminale" en fait aussi partie.
5. La Bioéthique et les orientations de la politique sanitaire Du caractère central reconnu ou non à la personne humaine et à la famille au sein de la société dérivent la majeure partie des choix faits en matière de politique sanitaire: un corps social fondé sur la sauvegarde de la communion des personnes la communio personarum au sein de la famille tendra à mettre en oeuvre des lois, des méthodes éducatives et des choix culturels qui assurent la promotion dune croissance ordonnée allant dans ce sens et non pas laffirmation à outrance de lautonomie omnipotente de lindividu ou encore un nivellement des différence sous le couvert délirant dune "programmation globale" de la vie ainsi que la décrivait de manière suggestive en 1932, dune façon qui ne ressemble plus aujourdhui à de la science fiction, Le Nouveau Monde dAldous Huxley (1894-1963). Le but de la réflexion bioéthique la plus authentique est donc dapprofondir et de proposer la vérité sur lhomme, en offrant également aux responsables de la culture et du Bien commun, des éléments capables dorienter leurs jugements et leurs actions.
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